

Pour cette 14 ème édition, La Semaine explore le thème du territoire, cet espace singulier qu’un individu ou un collectif organise et s’approprie matériellement autant que symboliquement et qui constitue un support majeur dans la construction de son identité.
Le programme au jour le jour
» Lundi 01 décembre 2008 : Choc des cultures Lundi 01 décembre 2008 : Choc des cultures 19h30
En 1930, trois jeunes chercheurs d'or, Michael, Daniel et James Leahy, quittent l'Australie pour la Nouvelle-Guinée, avec une caméra. Ils découvrent dans des régions reculées de l'Ile une population jusqu'alors ignorée du reste du monde : les Papous des Hautes Terres. Les trois frères filment les réactions de ce peuple confronté pour la première fois à l'homme blanc. Cinquante ans plus tard, Bob Connolly et Robin Anderson partent, images en poche, retrouver Daniel Leahy et les Papous - à présent en short et chemise - pour recueillir leurs souvenirs de cette rencontre unique. Petit buffet inaugural 21h00
En 1989, en Papouasie Nouvelle-Guinée, Joe Leahy, propriétaire d'une plantation de café, vit seul au milieu des tribus papoues. Ce riche métis, fils naturel d'une aborigène et de l’un des trois frères Leahy, doit son ascension sociale à l'habileté avec laquelle il manipule ses voisins Ganigas (une des tribus papoues). Les Papous, demeurés proches du mode de vie traditionnel, se sentent néanmoins attirés par la société de consommation. À travers les démêlés de Joe Leahy et de ses voisins, se joue de façon cocasse mais souvent explosive, le scénario de la colonisation... Pause 22h30
Après First Contact et Joe Leahy's neighbours, Bob Connolly et Robin Anderson retournent en Nouvelle-Guinée continuer la saga de Joe et de ses voisins ganigas. Joe décide d'établir des relations commerciales claires avec ses voisins ganigas. Pour cela, il s'associe avec le chef de la tribu Popina Mai, qui est aussi son père adoptif, afin d'exploiter une nouvelle plantation de café. Mais la fluctuation des cours, les impératifs de la récolte et les dissensions tribales vont faire basculer cette histoire dans le drame... Mardi 02 décembre 2008 : Terre promise 20h00
Portrait intime de l’immigration italienne, ce film est né d'une commande très officielle pour la commémoration du bicentenaire des États-Unis. Scorsese est remonté aux sources à sa manière en questionnant ses parents et à travers eux la communauté d'où il est issu. Contrepoint documentaire de Mean Streets, Italianamerican retourne sur les origines du réalisateur en laissant la parole à Catherine et Charles, ses parents. Véritables italo-américains, ils sont les enfants des immigrants arrivés de Sicile au début du XX e siècle. Le film est traité sous la forme d'un dialogue entre le réalisateur et ses parents dans leur salon. La discussion (animée) est entrecoupée de documents d'archives, photos et films, et d'images de Little Italy en 1974, quartier qui a marqué profondément l’œuvre du cinéaste. Tourné en six heures, ce film, presque totalement improvisé, serait le film préféré du réalisateur. En-cas surprise préparé par l’association Couleurs Femmes 21h05
Invité par une télévision américaine à célébrer le centenaire de la Statue de la Liberté, Louis Malle sillonne les États-Unis et filme des immigrés fraîchement débarqués sur le sol américain. Parmi eux des Cambodgiens, des Vietnamiens, des Cubains, un Russe, des Égyptiens qui ont attendu leur passeport pendant des années, mais n’ont jamais perdu l’espoir qu’un jour leur nouveau pays serait cette Amérique qui, pensent-ils, leur donnera leur chance. Une galerie de portraits vivants et surprenants, hommes et femmes déracinés qui tentent de perpétuer leur culture par des biais souvent touchants. « Si j’ai fait ce documentaire sur des émigrés récents… c’était parce que j’étais moi-même une sorte d’émigré. Un émigré de luxe, sans doute, mais je ressentais ce que c’était que d’être un étranger en Amérique. » (Louis Malle). Pause 22h45
Glencoe est une bourgade agricole du Minnesota, qui compte une population de 5 000 habitants, possède neuf églises et aucune synagogue. Louis Malle et son équipe y arrivent une première fois en 1979 et filment la vie de cette communauté, refermée sur son propre bonheur depuis toujours. Il nous offre, non sans humour, sa rencontre complice avec quelques personnages à l’église, en train de tondre leur pelouse ou de faire du sport. Six ans plus tard, de retour à Glencoe après la crise agricole du début des années 1980, il retrouve ses personnages – des gens ordinaires – et observe la radicalisation des idées intolérantes et conservatrices de l’Amérique profonde. Mercredi 03 décembre 2008 : L'esprit des lieux 20h30
« Avant d’être un film sur les rites religieux dans la ville de Bénarès, Forest of Bliss de Robert Gardner est essentiellement une fresque impressionniste des paysages de la vie et de la mort dans la Cité Sainte. Bénarès, ville de mort pour les hindous est ici filmée comme un tableau animé : des chiens se bagarrent, un homme se lave, un autre homme allongé se fait masser par une femme, une vache court dans les ruelles de la ville, un homme ramasse des fleurs, une cérémonie funéraire se termine au bord du Gange. Plutôt que de décrire les coutumes quotidiennes et les rites religieux dans la ville, Robert Gardner décide de les évoquer, de nous les faire sentir. Comme pour Raymonde Carasco ou Feng Lei, ce n’est pas le rite en tant qu’objet strictement anthropologique qui intéresse Robert Gardner, c’est la trajectoire du rite prise dans le souffle d’un paysage. L’intérêt de Forest of Bliss réside dans cette radicalité à poser et positionner le paysage comme lieu de connaissance du monde. Souvent dans les films ethnologiques ou les documentaires audiovisuels, le paysage est filmé avant tout comme un décor, comme un espace de contextualisation » Pause 23h05
Tous les cinq ans, la société des masques des Dogons de Sanga, au Mali, organise un grand Dama, levée de deuil pour chasser la "chose dangereuse". Cette cérémonie avait été observée et analysée par Marcel Griaule. Il s'agit ici du grand Dama de sept dignitaires dont Ambara Dolo, principal informateur de Marcel Griaule. Le Dama dure trois jours pendant lesquels les nouveaux masques peints et ornés défilent et dansent pour enchanter les âmes des morts qui encombrent le village. En éclaireurs viennent les masques cavaliers peuls suivis des masques tourterelles. Puis survient le masque Azagay (le renard), qui conduit le défilé composé de masques aux noms évocateurs : masques marabouts, poules de rochers, jeunes filles peules, guérisseur, jumelle du renard, policier et maisons à étages. Jeudi 04 décembre 2008 : Quand la musique fait territoire 20h00
À Lyon, le quartier de la Guillotière accueille depuis un siècle et demi des populations migrantes. C’est un quartier multiculturel, une « ville-monde », où des chibanis de Sétif, des laveurs de vitres roumains, des épiciers ivoiriens ou chinois, des réfugiés politiques kurdes ou latino-américains, se côtoient sans forcément se rencontrer. Chaque communauté, chaque famille, chaque individu venu d’ailleurs a son histoire particulière : exil économique ou politique, projet personnel, regroupement familial… Chacun vit à sa manière le déracinement et le sentiment d’étrangeté qui l’accompagne. Mais au-delà de la diversité des cultures et des formes d’expression, la musique, énoncé universel, revêt une série de fonctions que l’on retrouve dans tous les parcours : elle est lieu de mémoire et de réconfort, moyen d’expression et de transmission de codes et de valeurs, outil de création de liens sociaux et de possibles rencontres interculturelles. Derrière les murs des immeubles de la ville ordinaire, des mondes musicaux insolites se perpétuent et se réinventent d’une génération à l’autre. À travers une série de portraits, ce film invite à aller à leur rencontre en entrant progressivement dans l’intimité des vécus et des parcours musicaux. Petit frichti mitonné par Couleurs Femmes 21h45
La naissance du groupe Tinariwen à l'aube des années quatre vingt est intimement liée à la situation d'exil et d'errance du peuple touareg. Les musiciens de Tinariwen réunis autour d'Ibrahim "Abraybone" sont tous originaires de l'Adrar des Ifoghas au nord du Mali, réfugiés dans les années 1970 à Tamanrasset, en Algérie. Entre rock, blues acéré et musique traditionnelle, leurs guitares électriques saturées et leur chant de révolte d'errance et d'amour accompagnèrent toutes les étapes du mouvement de rébellion touareg jusqu'au plus fort des combats. Ce film, par la musique et les témoignages des fondateurs du groupe Tinariwen, conte la mémoire de la Teshumara, culture nouvelle issue des évènements politiques et des profonds changements de la société touareg. Pause 22h45
« Mississippi Blues est une balade ; une ballade dans un pays accroché à son histoire, à ses racines, à son passé... mais aussi, désireux de bouger, de changer, de bouleverser ses structures et ses préjugés. Un pays mythique pour nous Français : le vieux Sud, Mississippi. Vendredi 05 décembre 2008 : Territoires en question 19h00
En 1971, la population du Larzac s’est trouvée brusquement confrontée à un projet de l’État qui menaçait son existence : l’extension du camp militaire. Face à cette décision, une résistance imaginative et non-violente s’est organisée pendant dix ans autour d’un solide noyau de paysans soutenu par un très vaste mouvement national. Les actions de désobéissance civile succèdent aux marches et aux rassemblements de toutes sortes, jusqu’à ce que l’État abandonne le projet en 1981. Casse-croûte concocté par Couleurs Femmes 20h45
Cambridge Bay est une ville de l’arctique Canadien où vit une communauté Inuit. Passée récemment du nomadisme à la sédentarisation suite à l’implantation de la Hudson Bay Company, qui a drainé avec elle les forces de l’ordre, les représentants religieux, etc., cette population a subi de profondes mutations. L’écart entre les générations se creuse, et rend improbable la transmission. (…) [Ce film s’emploie à un exercice qui n’a pas seulement valeur ethnologique ou sociologique]. Si l’on y entend différents témoignages, d’Inuits autant que de Blancs venus incarner la force du changement, c’est davantage pour laisser résonner leurs voix dans un espace qui reste le principal objet de l’entreprise. Filmer un paysage de telle manière que s’y laisse voir ce qu’il a pu être autrefois, filmer la mémoire de ce qui demeure encore énigmatique, voilà ce qui ressort dans ces plans à la patience nécessaire. Rare ambition pour un premier film: superposer les espaces et les temps, ceux de l’ample désolation du désert blanc à sa version moderne, toujours aussi désolée, mais tout autre. (d'après Jean-Pierre Rehm) Pause 23h15
Dans Le Temps d'une chasse, la caméra du réalisateur accompagne les hommes de La Romaine, petite localité de la Basse-Côte-Nord, lors d'une chasse au caribou, depuis leur départ de la réserve jusqu'au dernier coup de fusil. Une chasse au cours de laquelle tout peut arriver… Au cours de cette chasse, on retourne en effet en arrière pour revenir sur un conflit qui éclata en mars 2004 entre les Innus de différentes communautés de la Basse-Côte-Nord et le gouvernement terre-neuvien ; les médias accusant les Innus de massacrer les caribous, les Innus, eux, prétendant faire ce qu’ils ont toujours fait depuis des millénaires sur leur territoire. Un conflit qui résume, dans sa plus simple expression, l’incompréhension réciproque entre le gouvernement et les Innus. Samedi 06 décembre 2008 : Territoires morcelés 21h00
Après Eux et Moi, Le Ciel dans un jardin puis Redescendre en Nouvelle-Guinée, où l’observateur est un étranger, Le Monde extérieur de l’ethnologue et cinéaste Stéphane Breton ne se passe pas au loin. Il n’est pas la suite des films précédents. Même s’il reprend leur point de vue subjectif et le mène à son terme en l’appliquant plus près : chez soi. L’homme à la caméra revient chez lui, dans sa ville. Il la connaît trop bien et depuis trop longtemps. Mais il est revenu et il lui faut être là à nouveau : d’une manière neuve. Le regard ethnographique qu’il a rapporté dans ses bagages demande que l’on mette à présent les choses à distance, que l’on s’étonne. Pause 22h00
Le long d'une autoroute construite par Hitler, en Pologne, des habitants pratiquent l'art de la survie. Où l'Est rencontre l'Ouest, où l'histoire est menacée d'effacement et où l'avenir se dessine au rouleau compresseur. Que se passe-t-il le long de cette route construite par Hitler pour envahir ses voisins ? Un tzigane en pèlerinage à Auschwitz montre son tatouage d'immatriculation. Des prostituées bulgares discutent de la dureté des temps et s'autorisent une pause cigarette. De jeunes contestataires squattent d'anciens bunkers nazis tandis que des clandestins ukrainiens se sont réfugiés dans une base aérienne soviétique désaffectée. Un marchand de nains de jardin nostalgique parle du communisme. Dimanche 07 décembre 2008 : Enracinement/déracinement 14h30
Forcé de quitter Alger dès le début des attentats intégristes, l'auteur - cinéaste algérien d'origine "judéo-européenne" - se retrouve en France, trente cinq ans après l'exode de sa communauté d'origine et de sa famille. Avec l'espoir de pouvoir faire le deuil de ses amis assassinés, il se met à filmer durant plusieurs mois dans différentes villes, au hasard des rencontres que suscite la présentation de ses films qui tous parlent de l'Algérie, de sa violence et de ses exclusions, d'aujourd'hui et d'hier. Il s'aperçoit ainsi qu'à son insu, il fait communier dans une même émotion toutes celles et tous ceux qui y naquirent, y vécurent, et s'y entre-déchirèrent : musulmans, juifs, chrétiens, arabo-berbères, pieds-noirs d'Algérie, et Français de France. Petit goûter proposé par Couleurs Femmes 16h30
Yvette, Arlette, Léon, Catherine et Jean ont entre 70 et 80 ans. Ils habitent dans des régions différentes, mais vivent depuis des décennies dans la même maison, sur cette même terre qui les a vus naître. Quelques excursions ou le départ pour l’armée ont été les seules occasions de quitter les lieux. Ils sont d’origine paysanne, ont connu une vie faite du dur labeur de la terre et de l’élevage. Aujourd’hui, en marge du monde moderne, la plupart d’entre eux ont levé le pied et touchent une petite retraite. Pause 17h30
Accompagné de son épouse Marie et de son fils Léopold, Alexis Tremblay, le merveilleux conteur québecois de Pour la suite du monde, s'en va en France, à la recherche de ses ancêtres dans le Perche bas-normand. Sur place, ils échangent sur divers aspects pratiques de la vie quotidienne avec des paysans français (les pratiques des cultivateurs, la manière de tuer le cochon, l'utilisation de l'eau...). Chacun peut relever les points communs et les différences. La modernisation et la disparition de quelques pratiques "ancestrales" en France inquiètent quelque peu Léopold et Alexis. Ce dernier n'en pense pas moins à l'avenir lorsqu'il dit à Marie : "Pense à tes enfants et à tes petits enfants. Après toi, il y a du monde. Transmets ton naturel et moi le mien". Magistrale réflexion autour de l’identité culturelle, du lien au territoire et de l’écoulement du temps, Le Règne du jour est le deuxième film de la célèbre Trilogie de l'Ile-aux-Coudres, œuvre majeure de Pierre Perrault, l’un des plus grands documentaristes québécois et pionnier du cinéma direct.
Informations pratiques
Toutes les séances ont lieu au Cinéma Lux à Caen Les partenaires de la Semaine du Cinéma ethnographique Région Basse-Normandie, Ministère de la Culture (D.R.A.C), Cinéma Lux, Archipels-Maison des Arts et Cultures du Monde en Normandie Remerciements Arte France – Centre des Musiques Traditionnelles du Monde en Rhône-Alpes/Villeurbanne - Cinéma du Réel / Paris - Comité du Film ethnographique / Paris – Damien Detcheberry (Éclipses) - Images de la Culture/CNC – Équipe de la Semaine Programmation : Youri Deschamps, Guy Gallardo
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